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Retraite par points ou par annuités : avantages, inconvénients, et l’écart chiffré sur une carrière

Points contre 25 meilleures années : sur un exemple, dix années à mi-salaire coûtent 12,5 % de complémentaire et rien sur la base. Le point de bascule.

Par Nicolas · Publié le 5 octobre 2026 · 5 min de lecture
Retraite par points ou par annuités : avantages, inconvénients, et l'écart chiffré sur une carrière

En bref

Deux logiques s’opposent. La retraite par annuités calcule la pension sur les 25 meilleures années et un nombre de trimestres ; la retraite par points convertit chaque euro cotisé en points, payés à une valeur fixée chaque année. Les points comptent toute la carrière, donc pèsent sur les années faibles, et leur valeur peut stagner : elle n’a pas bougé au 1er novembre 2025. En France, les deux coexistent déjà.

La retraite par points, ses avantages et ses inconvénients, mis face aux annuités : les deux mécanismes, ce que le salarié du privé a déjà en points, l’écart chiffré sur une carrière, le rendement du point, puis ce qui penche dans chaque sens.

Deux façons de calculer une pension

Deux options, donc, le système par annuités et le système par points, et ce qui les sépare tient à la base sur laquelle se calcule le montant de la pension.

Retraite par annuitésRetraite par points
Ce qui s’accumuleDes trimestres de durée d’assuranceDes points, achetés avec les cotisations
Salaires retenusLes 25 meilleures années au régime généralToute la carrière, année par année
Calcul de la pensionRevenu annuel moyen × taux (50 % au taux plein) × trimestres acquis / trimestres requisNombre de points × valeur de service du point
Ce qui se décide chaque annéeLa revalorisation des pensions et des salaires portés au compteLa valeur d’achat et la valeur de service du point
Exemple en FranceLa retraite de base du régime généralLa retraite complémentaire des salariés du privé

Le débat sur la retraite par points porte rarement sur l’existence des points, déjà bien réels, mais sur leur extension à la retraite de base, comme dans le projet de système universel suspendu en mars 2020.

Les points existent déjà : la retraite complémentaire du privé

Un salarié du privé cotise chaque année à l’Agirc-Arrco, son régime complémentaire, qui transforme ces cotisations en points de retraite. La formule publiée par le service public pour 2026 est la suivante :

Bon à savoir

Points de l’année = rémunération × taux de calcul des points / salaire de référence. En 2026, le taux de calcul est de 6,20 % jusqu’à 48 060 € de salaire annuel, de 17 % au-delà dans la tranche 2, au-dessus du plafond de la sécurité sociale, et le salaire de référence, c’est-à-dire le prix d’achat du point, vaut 20,1877 €. Chaque point est ensuite payé 1,4386 € par an.

Un détail change le calcul : la cotisation réellement prélevée en tranche 1 est de 7,87 % en 2026, pas de 6,20 %. La différence finance le régime mais ne donne aucun point. Le montant inscrit sur le relevé reste brut ; pour passer d’une pension brute à une pension nette, les prélèvements sociaux s’ajoutent ensuite.

Ce que les points changent sur une carrière : l’écart chiffré

L’écart entre les deux logiques se voit mal sur une carrière complète et régulière. Il apparaît sur une carrière hachée, qui comporte des années faibles : temps partiel, chômage peu indemnisé, reprise d’activité.

Exemple

Exemple construit, aux valeurs de 2026 et sans revalorisation. Un salarié gagne 30 000 € brut par an pendant 40 ans : il acquiert 92,14 points par an, soit 3 685 points, et touche 5 302 € de complémentaire par an, 442 € par mois. Le même salarié passe 10 de ces 40 années à 15 000 € : 3 225 points, 4 639 € par an. L’écart est de 663 € par an, soit 12,5 %.

Sur la retraite de base, ces dix années ne coûtent rien dans cet exemple. À 15 000 €, chacune valide quatre trimestres, puisque le seuil est de 1 803 € par trimestre en 2026, et aucune ne figure parmi les 25 meilleures années. La pension de base reste calculée sur 30 000 €.

C’est tout l’enjeu d’une extension des points à la base : la protection qu’offre la règle des 25 meilleures années aux carrières irrégulières disparaîtrait, sauf mécanismes de points gratuits pour certaines périodes.

Le rendement du point et le point de bascule

Un point acheté 20,1877 € en 2026 rapporte 1,4386 € de pension par an, soit un rendement de 7,13 % aux valeurs de 2026. Le point de bascule s’énonce simplement : il faut 14 ans de retraite pour récupérer en pension ce qui a servi à acheter les points.

En comptant toute la cotisation, part sans points comprise, le rendement tombe à 5,61 % en 2026 et le point de bascule recule à près de 18 ans. Ce rendement n’est garanti par rien : il dépend du rapport entre deux valeurs que le conseil d’administration du régime, composé des partenaires sociaux, fixe chaque année, sans règle d’indexation automatique sur les prix.

Les avantages réels

Les arguments en faveur des points tiennent, mais chacun a sa portée :

  • chaque euro cotisé produit des droits, même sur une année qui ne validerait pas de trimestre ;
  • par souci d’équité, un même euro cotisé donne les mêmes droits quel que soit le statut, salariés, indépendants ou fonctionnaires, dans un régime unique ;
  • la lisibilité : le relevé de points se lit facilement, nombre de points × valeur du point ;
  • des points peuvent être attribués pour les périodes de chômage, de maladie ou de maternité, comme le fait déjà le régime complémentaire pour certaines d’entre elles.

Les inconvénients réels

Les critiques portent surtout sur l’incertitude et sur la prise en compte de toute la carrière :

  • la pension future dépend d’une valeur fixée chaque année : au 1er novembre 2025, faute d’accord entre partenaires sociaux, la valeur de service du régime complémentaire n’a pas été revalorisée, alors que l’inflation était estimée à 0,9 % pour 2025 ;
  • la cotisation est connue, la pension ne l’est pas, ce qui rend l’anticipation difficile à vingt ans ;
  • toutes les années comptent, y compris les plus faibles, ce qui pénalise les carrières hachées par rapport aux 25 meilleures années ;
  • une décision sur la valeur du point peut geler ou freiner les pensions de tous les retraités d’un coup, sans changer la loi.

Vérifier vos propres points

Le relevé de carrière, disponible sur info-retraite, le service en ligne commun aux régimes de répartition, liste vos trimestres et vos points de complémentaire.

Votre carrière compte-t-elle plusieurs années sous votre salaire habituel ? Si oui, c’est sur la complémentaire, en points, que l’écart se voit déjà. L’âge de départ, la décote et la surcote dépendent, eux, des trimestres. Pour une décision de départ ou de cumul emploi-retraite, une simulation officielle tient compte de votre situation exacte, ce qu’aucun exemple ne fait.

Sources

  • Service-public.gouv.fr, « Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco » (F15396), vérifié le 1er janvier 2026
  • Agirc-Arrco, « Les retraites complémentaires Agirc-Arrco ne seront pas revalorisées », 17 octobre 2025
  • Service-public.gouv.fr, « Montant de la retraite du salarié du secteur privé » (F21552), vérifié le 1er septembre 2026
  • Service-public.gouv.fr, « Durée d’assurance retraite du salarié du secteur privé » (F1761), vérifié le 1er janvier 2026
Nicolas

Journaliste économique depuis une dizaine d années, Nicolas décortique la finance personnelle et la vie des entreprises. Passé par la presse spécialisée, il préfère les chiffres vérifiés aux promesses de rendement.